Mensuel 114 - Avril 2017

Billet de la rédaction

Le Mensuel est précieux : il est à la fois le lieu de dépôt de ce qui (se) travaille (dans) l’École, ses Forums et ses Réseaux, mais aussi une caisse de résonance et d’amplification de ces travaux, débats, etc. : avec du passé il prépare de l’a-venir. C’est en particulier le pari fait avec ce numéro intégralement consacré au Réseau institution et psychanalyse (RIP) sous une double forme :

– d’une part, en rendant hommage à Claude Léger par la réédition de sa conférence faite à Avranches en 2015, intitulée « Les temps post--modernes ». Claude, on ne la lui faisait pas, et ce texte écrit il y a deux ans paraît l’être d’aujourd’hui... ou de demain si nous n’y mettons le holà. C'était un homme de culture aimant à manier le second degré, et rien que le titre est un chef-d’œuvre : comment traiter de « charlots » avec plus de délicatesse ceux qui, à coups de DSM, HAS et évaluation tous azimuts, veulent détruire la clinique, la singularité de chaque cas et l’abord subjectif ?

– d’autre part, en rendant compte, presque in extenso, de la journée organisée conjointement par le pôle Aude-Roussillon et le rip sur le thème « Des autistes, des institutions, des psychanalystes et quelques autres…».

Ce thème nous place au cœur des débats qui agitent le monde contemporain, celui des temps postmodernes : la maltraitance pratiquée par le réductionnisme théorique, la ségrégation au nom de l’égalité des droits, la chasse à la psychanalyse en tant que gêneuse et « Big Pharma » pour tous. En effet, la question des autismes est paradigmatique à bien des égards :

– les différentes interventions publiées montrent le bien-fondé des outils que nous donne la psychanalyse pour « avoir quelque chose à dire » sur et aux autistes, dans des cures non pas types mais adaptées au rapport de l’autiste à son grand Autre, à la fois trop réel et menaçant côté altérité et pulvérulent côté trésor des signifiants. Elles montrent des analystes à l’aise avec la pluridisciplinarité dans un contexte souvent institutionnel. La finesse de la clinique qui s’y déploie et le soutien qu’elle donne aux équipes dans cette tâche impossible expliquent pourquoi la psychanalyse est insupportable aux réducteurs de têtes et pourquoi ces nouveaux Jivaros veulent la chasser des institutions, qu’elles soient soignantes, universitaires ou autres ;

– les psychanalystes, pas tous seuls, avec éducateurs, psychomotriciens et d’autres y écrivent leur part, part prise dans la vie quotidienne ou mieux le quotidien de la vie, non sans que le corps y ait sa part, mais avec l’éclairage de la psychanalyse, voire le pousse-à-l’analys(t)e ;

– en réduisant les autistes à leur neurones, parfois dysfonctionnants, les Jivaros se saisissent de ce prétexte pour faire régner l’ordre scientiste dans les institutions et en chasser le discours analytique. Céder sur ce terrain serait préparer d’autres abandons demain.

Les analystes, isolés dans leurs cabinets ou leurs institutions, peu convain-cus de l’enjeu, ont été longs à se mettre en ordre de bataille, là où la mise en commun des expériences, la circulation des travaux et le soutien mutuel sont devenus une urgente actualité : que ce numéro du Mensuel soit l’occasion de voir se multiplier les initiatives locales, de pôles ou nationales sous l’égide du Réseau institution et psychanalyse !

Ainsi se dessine un enjeu civilisationnel dont nous avons une part de responsabilité.

Jean-Pierre Drapier

Pdf du Mensuel

Sommaire

Billet de la rédaction

Réseau institution et psychanalyse EPFCL, pôle Aude-Roussillon
Journée d'étude(s) à Narbonne, 8 octobre 2016
« Des autistes, des institutions, des psychanalystes et quelques autres... »

Serge Marquet, Ouverture
Claudine Beaussier, Effets de la parole chez les sujets autistes
Michel Raynaud, Prendre la parole
Bernard Brunie, Une institution (h)ordinaire pour des enfants qui ne le sont pas
Hervé Gaye-Bareyt, « Le Grand Bleu » : comment faire bord à la jouissance
Jean-Pierre Drapier, Conférence. Autistes, praticiens et institutions : la maltraitance réductionniste

Hommage

Claude Léger, Les temps postmodernes

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