2020-2021 - Séminaire Champ lacanien - Ce qui nous tombe dessus

[Affiche complète, programme]

Organisé par le conseil d’orientation (CO) et le conseil de direction (CD) de l’EPFCL-France

à 21h15, au 118, rue d'Assas - 75006 Paris ou par visioconférence en période de restrictions de circulation

« Ce qui nous tombe dessus »

Quand l’impensable se réalise sans que l’angoisse n’ait pu signaler l’imminence de la menace, un effroi nous tombe dessus tel l’effet d’une bombe qui troue la réalité psychique et déboite le montage du fantasme. Le sujet est traversé par une torpeur sans écho de mots, ni de sens, signe d’une rupture d’avec la langue, d’avec le langage lui-même. Lacan parle de la rencontre du réel, « un rendez-vous auquel nous sommes toujours appelés avec un réel qui se dérobe 1 », un réel manqué - au-delà de l’automaton – d’où le principe de répétition en marche.

Le titre du séminaire Champ lacanien de cette année est inspiré d’un évènement mondial encore d’actualité. Ainsi la Covid-19, potentiellement mortelle, provoquée par un virus inconnu et contagieux, ajouté à un ordre de confinement social et sanitaire, nous est tombé dessus, sans attendre les trois coups de théâtre avant la levée de rideau.

Les traumatismes de la vie voilent et raniment le trauma originel, point nodal de l’appareil théorique de la psychanalyse ; il entraine dans son sillage, les définitions de l’inconscient, du fantasme et de la jouissance.

La théorie freudienne du trauma a évolué – non sans les apports de Ferenczi – pour autant, Freud n’a jamais renoncé à son origine sexuelle ni à la notion d’après-coup du traumatisme, avec dans les deux cas un débordement de la pulsion, mettant en échec le principe de plaisir.

Lacan reprend la thèse freudienne en la généralisant à tous les êtres parlants et situe le trauma originel dans le langage, dans les trous entre les dits, aux multiples occurrences : trou du corps dont s’origine la pulsion, trou laissé par l’objet toujours déjà perdu, trou dans le réel de la jouissance. Ces troumatismes obligent chacun à inventer quelque chose pour les masquer et s’en déprendre : signification phallique devant l’horreur de la castration ou construction délirante devant la néantisation de la réalité de l’être.

De la naissance à la mort, les occasions d’une rencontre traumatique sont nombreuses, chacun réagit en fonction de ce qui a fait trauma pour lui – c’est-à-dire rencontre avec la jouissance du corps, forclose pour tous – et de la façon toujours symptomatique / sinthomatique dont il s’en est défendue. Ainsi il n’y a pas d’autres possibilités d’affronter le réel du traumatisme qu’en repassant par la voie du signifiant. Les soirées maintiennent la formule de l’exposé-débat à deux, trois ou quatre intervenants, à l’exception d’une soirée organisée autour d’une invitée.

Les membres peuvent écouter les enregistrements des séances en suivant le menu Audio qui apparait après s'être connecté avec son compte utilisateur personnel (Espace membre).

12 novembre 2020

1. Premiers évènements de corps

Brigitte Hatat : « Ce qui s’en dit, ce qui s’en écrit »

Il s’agira de questionner comment cet événement de corps qu’est le symp- tôme en vient à s’écrire dans l’analyse, aux dépens du « c’était écrit » du récit qui l’hystorise.

Marc Strauss : « Premiers ? »

Tous les événements de corps sont premiers, au sens mathématique. Est-il alors analytiquement fondé d’en filer une genèse qui mènerait à leur point d’origine ? Plus prosaïquement, que devient avec Lacan la levée de l’amnésie infantile, index d’une analyse aboutie pour Freud ?

Lina Velez : « Le symptôme comme événement de corps »

Qu’est-ce qu’un événement de corps ? Lacan définit le symptôme comme un événement de corps dans le texte « Joyce le symptôme » : que le symptôme s’inscrive dans le corps est une indication présente dès le début de son enseignement. Qu’est-ce qui désigne un symptôme comme événement de corps ? Qu’est-ce qui évolue entre la définition du symptôme comme inscription dans le corps et celle, plusieurs années après, comme événement de corps ? Le cheminement de Lacan part du symptôme comme formation de l’inconscient, déchiffrable et qui révèle le désir de l’inconscient, pour aboutir au symptôme comme événement de corps qui relève du registre de la jouissance indéchiffrable, « jouissance opaque d’exclure le sens », dit-il. La jouissance suppose le corps ; un corps vivant, comme ce qui n’est pas du registre de l’image spéculaire, mais qui se définit comme « ce qui se jouit », non pas d’une jouis- sance naturelle, mais par le truchement de la langue. L’événement de corps serait le traumatisme de la langue sur le corps, quelque chose qui est arrivé au corps du fait de la langue ? Cet accent sur la jouissance, et donc sur le corps, a-t-il des effets dans la pratique analytique ? Dans le séminaire Les non-dupes errent, Lacan souligne qu’il n’y a d’événement que d’un dire. Ainsi, l’événement n’est pas l’historisation liée au symbolique, mais signe de réel : ce qui s’écrit au-delà du déchiffrement. Il s’agira d’aborder les questions sui- vantes : un dire peut-il produire les premiers événements de corps ? Le premier dire, est-ce celui du sujet ou celui de l’Autre ? Les premiers événements de corps sont-ils repérables comme tels ? Se disent-ils ou s’éprouvent-ils ?

Discutant : Jean-Pierre Drapier

10 décembre 2020

2. Les surprises de l’inconscient

Patrick Barillot : « Ce qui du sexe nous tombe dessus »

« La sexualité, ça m’est tombée dessus » : parole d’un sujet tourmenté par la question de son identité sexuelle et de ses modalités de jouissance. Sur- prise de l’inconscient dirions-nous, oui mais jusqu’où si on tient compte qu’en matière de sexe, le sujet a le choix ?

Bernard Brunie : « Résistance(s) »

Par-delà le cocasse de l’affaire « surprise » qui m’amène là, je tenterai d’en tirer quelques fils du côté du concept de résistance à la lumière de l’expérience dans laquelle l’actualité nous plonge concernant notre pratique.

Patricia Gavilanes : « D’où vient ce qui nous tombe dessus ? »

Comment donc ce qui nous tombe dessus viendra interpeller la tension qui parvient du dedans de l’organisme et qui va au-delà de toute notion de prin- cipe et de système déjà établi ?

D’où vient la surprise ? Ce qui nous tombe dessus ne surgit-il pas tout aussi bien du dedans, du dessous, de notre propre inconscient et de la jouissance qui en dérive ?

Discutante : Nadine Cordova

14 janvier 2021

3. Bonnes et mauvaises rencontres

Dominique Touchon Fingermann : La malencontre et l’amour

Le trauma laisse une marque indélébile de silence. Quelque chose du parlêtre y demeure à jamais en exil. C’est ce point d’ex-sistence malencontreux, que répètent les traumatismes de la vie en prenant le sujet au dépourvu. Mais c’est aussi depuis ce point d’ex-sistence que peut rebondir le bon-heur par les voies de l’exil amoureux ou par la voix qui soudain fait résonner le Dire, autrement. Le film « La vida secreta de las palabras » d’Isabel Coixet, et le livre « Le lambeau » de Philippe Lançon me permettront d’en dire un peu plus.

Martine Menès : Il n’y a de bonne rencontre que manquée

La rencontre manquée divise le sujet. Manquée suppose le nécessaire, et serait ici l’inverse de ratée, aléatoire toujours possible. Je m’attacherai à imaginer ce que cela entraîne dans l’expérience des rencontres de la réalité.

Pierre Perez : Ce qui se rencontre, ce qui s'en écrit

Bonne ou mauvaise, dans le commun de la langue, une rencontre se caractérise d'être marquante. De là, il s'agira de préciser ce qui se marque dans la rencontre.

Discutante : Carole Leymarie

11 février 2021

4. La chute des idéaux

Invitée : Mazarine PINGEOT

Le voile de Mâyâ éventré

Tenir le monde de l’enfance à bout de bras quand il n’a plus de raison d’être, qu’il a été soufflé par un tsunami, et accepter qu’il se reconfigure, alors que dans le passage de la vague destructrice, c’est vous-mêmes qui avez été (trans)figurée.

Vous jouez dans une nouvelle pièce, mais personne ne vous a averti du rôle qui vous était attribué, vous devez l’inventer sans montrer que vous n’avez aucune idée de ce qu’il faut faire.

Ce qui vous tombe dessus, c’est un autre monde qui se substitue au premier, alors qu’en apparence, il s’agit du même. Les repères ont chu, les idéaux pas encore…

Mazarine PINGEOT est professeure de philosophie à l’Université Paris 8 et écrivaine, ses dernières publications sont Se taire (2019) et Et la peur continue (2021)

Discutant : Radu Turcanu

18 mars 2021

5. La rencontre des corps

Jean-Jacques Gorog : Rencontre avec son propre corps

Comment faisons-nous face à ce que notre corps rencontre comme obstacles ?

Mihaela Lazarov : a-corps et désaccords

De quelles rencontres et de quels corps s’agit-il lorsque l’on évoque la rencontre des corps ?
Rencontre sexuelle, rencontre « sur le champ de bataille », rencontre analytique… ?
Corps imaginaire, corps symbolique, corps réel ?

Philippe Madet : La rencontre des corps nous tombe dessus ?

Dans un match de catch, parler d’une rencontre des corps qui se tombent dessus est une assertion assez juste. Je partirai de l’hypothèse, pour des raisons différentes évidemment et qui tiennent à ce que nous entendons par corps, qu’elle l’est également du point de vue de la psychanalyse. C’est peut-être même la première chose qui nous tombe dessus, d’autres suivant en cascade.

Discutante : Sol Aparicio

8 avril 2021

6. Menaces imaginaires et pertes réelles

Hélène De Lima Dutériez : Du côté de chez Hans

De la phobie qui se présente comme une menace imaginaire, nous verrons comment chez le petit Hans elle se constitue alors que la sexualité lui tombe dessus.

Laurence Mazza-Poutet : De la menace imaginaire à la perte réelle

La crise de la COVID nous confronte au Réel d’une menace potentiellement mortelle, mais l’interprétation pour chacun, de cette menace relève également du registre de l’imaginaire, du fait du fantasme. Il s’agira d’examiner comment la conception de l’Imaginaire des derniers séminaires de Lacan, peut ouvrir une voie d’accès au Réel.

Irène Tu Ton

  • « Je ne sais pas ce que j’attends, que ça me tombe dessus ? »
  • « Je ne comprends pas, à chaque fois ça me tombe dessus »

À partir de ces 2 propos issus de la clinique, nous tenterons de dégager la logique qui les soutient, en lien avec les registres de l’imaginaire et du réel.

Animée par : Didier Grais

27 mai 2021

7. Les troumatismes

Vanessa Brassier : Du trop au trou

Le 19 février 1974, dans son séminaire Les non-dupes errent, Lacan invente ce néologisme qui a inspiré le thème de notre soirée : « Là où il n’y a pas de rapport sexuel, ça fait troumatisme.» Du troumatisme, on ne trouverait qu’une seule occurrence dans son enseignement, au singulier, et sans article : « Ça fait troumatisme» – fait de structure à distinguer des traumatismes, pluriels et contingents, qui n’en seraient que les épiphénomènes. À l’origine de la psychanalyse est le trauma – das Trauma –, un trop de jouissance, qui fait le corps, étranger, et le sujet, divisé, un trop d’excitations à liquider, pour Freud. Du trauma sexuel freudien au troumatisme lacanien, quel glissement de sens introduit cette nouvelle écriture ? Quelle avancée dans la théorie ? Et quelles éventuelles implications pour la conduite de la cure psychanalytique et sa fin ?

Alexandre Faure : On invente ce qu’on peut

Que faire avec ce pluriel, « Les troumatismes », qui nous est tombé dessus dans ce séminaire du Champ lacanien intitulé Ce qui nous tombe dessus ? Réponse provisoire : « On invente ce qu’on peut, bien sûr ! » Et ce n’est pas rien. Ça, c’est du Lacan. En somme, qu’est-ce qui fait que ce néologisme, ce concept peut-être, a fait son trou dans notre champ ? Ce ne peut pas être sans réson.

Céline Guégan-Casagrande : Le silence

Pour chaque un, lalangue est traumatique. Pourtant elle est aussi pacifiante, humanisante... On ne cesse pas de se parler. Alors qu’en est-il quand ça se tait ? Quand les mots et leurs maillages cèdent la place au silence ? Quand rien ne peut dire la chose. Quand ça ne répond plus, là apparaît le trou. Silence pour tous ? En 1963, Ingmar Bergman nous donne à voir Le Silence. Film qui d’après ses dires lui fait conclure à l’absence de Dieu. Pluriels sont les événements qui nous tombent dessus, mais singulières sont les réponses des parlants pour faire face à ce qui fait silence... Pourrait-on comparer le silence convoqué par Ingmar Bergman avec celui de l’analyste ?

Kristèle Nonnet-Pavois : Trauma... Troumatisme...

Troumatisme, trouvaille langagière qui tisserait un des fils allant du trauma du sexuel freudien au « il n’y a pas de rapport sexuel » lacanien ? Est-ce qu’un pas de côté vers la littérature pourrait nous accompagner pour cerner ce troumatisme énoncé par Lacan en 1974 ? C’est ce que nous tenterons en écoutant et lisant le théâtre de Nathalie Sarraute.

Discutant : Armando Cote

10 juin 2021

8. Ca ne cesse pas de tomber, après l’analyse

Luis Izcovich : « L’après-coup de l'analyse »

Freud, à partir de son rapport à l'inconscient, nous a transmis un modèle qui porte sur le rapport à l’inconscient en dehors de l’analyse. Cela ouvre la question de l’inconscient après l'analyse notamment pour l’analyste. C’est un fait que des rencontres de désir, des retours du refoulé qui font énigme, voire des jouissances inconnues émergent après l'analyse. Il y a ce qui subsiste après l'analyse puis il y a l’improbable qui surgit. Il se connecte parfois au passé mais pas toujours.

Lydie Grandet : « Une analyse, et après ? »

Le vivant nous est tombé dessus et avec lui le langage : ce « quelque chose » qui se transmet et que l'on cueille à notre insu dans ce qui sera pour chacun lalangue sienne, sculptant les aspérités d'une vie. Une analyse permet de cerner les contours de cette coupure qui nous fait parlêtre : en quoi peut-il s'en suivre - ou pas - un changement dans la réponse à ce qui ne manque pas de nous tomber dessus, une fois la cure terminée ?

Discutante : Mireille Scemama-Erdös


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  • 1. J. Lacan, Le séminaire, Livre XI, les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1973, p 53.